Le confinement accentue le retour des puzzles

INTRODUCTION

On les voit partout. Sur Instagram, on les photographie, de préférence en lumière rasante, pour montrer qu’on a choisi un modèle de bon goût. Sur Facebook, on frime gentiment en famille pour montrer qu’on est venu à bout d’un 2 000 pièces, ou que les enfants ont réussi, tout seuls, leur 500 pièces. Sur Twitter, on cherche une petite blague et l’on fait mine de s’agacer contre le chat, grand perturbateur de puzzles devant l’éternel.

Activité familiale, « sans écran » et fournissant une occupation de longue durée, les puzzles connaissent un vif regain d’intérêt dans toute la France, comme dans le reste du monde depuis deux mois.

Les recherches Google sur ce loisir classique ont plus que doublé dans l’Hexagone. Sur Planet’Puzzles, l’un des principaux sites de vente par correspondance en France, des restrictions drastiques sont en cours : sur la page d’accueil, un message prévient les acheteurs que les commandes ne peuvent être passées qu’à certains horaires, certains jours de la semaine.


« On n’est pas Amazon »


« Le mois d’avril est normalement un mois creux dans le puzzle, pendant lequel on fait entre 4 000 et 5 000 commandes par jour. Là, si on laissait les commandes ouvertes toute la journée, on en ferait 20 000 », estime Eric Lathière-Lavergne, le PDG de l’entreprise, installée à Forbach (Moselle), qui gère aussi des sites de vente en Allemagne et au Royaume-Uni.

Mais malgré des stocks « au plus haut le 15 mars un peu par hasard, parce qu’on préparait nos nouvelles gammes », l’entreprise s’est retrouvée, comme beaucoup d’autres, confrontée à des difficultés logistiques majeures.

Après deux jours de fermeture, à l’annonce du confinement, l’entrepôt de l’entreprise a pu rouvrir, « uniquement sur la base du volontariat », précise M. Lathière-Lavergne, avec des mesures sanitaires renforcées, dont une pause lavage des mains toutes les heures, et une prime pour les employés – qui sont aujourd’hui presque tous revenus au travail. « On n’est pas Amazon :l’entrepôt fait 6 000 mètres carrés, et il y a quatorze salariés en logistique, on a suffisamment d’espace. »

Mais la très forte demande, combinée aux perturbations de La Poste, qui ne collecte plus les livraisons que trois jours par semaine, a produit un goulet d’étranglement. « On n’accepte que les commandes que l’on pourra traiter », dit M. Lathière-Lavergne, qui a fermé son site de vente britannique et maintenu son site de vente en Allemagne, où le service postal fonctionne un peu plus largement. « On ne se plaint pas : nous avons une chance extraordinaire, par rapport à ce que d’autres entreprises connaissent », dit-il.


Le 1 000 pièces, format roi

Chez Ravensburger, leader mondial du secteur, on note aussi un très fort regain d’intérêt – et des difficultés logistiques similaires. Avec 120 % de demande en plus depuis début mars, l’usine du groupe, à Ravensburg (Allemagne), tourne à plein régime, là aussi avec des ajustements sanitaires.


« La production continue, avec des mesures de distanciation sociale. L’usine tourne quasiment vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et on a mis en place des gestions assez fines pour tous les pays », détaille Laurent Cochet, directeur marketing de Ravensburger France. Il précise :« la demande est mondiale », mais pas uniformément répartie selon les classes d’âge. L’acheteur de puzzle est « plutôt une acheteuse : le client type est une femme entre 30 et 50 ans. Le public évolue un peu, avec les 25-35 ans qui se mettent
beaucoup au puzzle ».

Une tendance qui ne date pas du confinement, estime M. Cochet. En 2019, « dans un marché en hausse de 6 %, ce sont les puzzles pour adultes, 500 pièces et plus, qui ont le plus augmenté, à 18 % ». Ravensburger vend environ deux puzzles pour enfant pour un puzzle pour adulte, et, dans cette dernière catégorie, c’est le « format roi du 1 000 pièces » qui tire les ventes.

« Le 1 000 pièces, c’est le cœur du marché », renchérit M. Lathière-Lavergne, dont les sites visent principalement une clientèle adulte. Sur Planet’Puzzle, les meilleures ventes sont presque exclusivement des 1 000 pièces. « La crise a accentué la mise en avant. En temps normal, le puzzle pour adulte représente 80 % de notre chiffre d’affaires, et aujourd’hui, c’est 95 % ».

Et parmi les modèles les plus demandés, sans surprise, se trouvent les photographies de paysages idylliques.
Comme autant de destinations de vacances pour l’instant inaccessibles…

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